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Comment fait-on avec Jean-Luc Mélenchon ?

07/03/2012

Comment fait-on avec Jean-Luc Mélenchon ?

Encore Mélenchon ? Ben oui… C’est sa «séquence», non ? Depuis la rentrée de septembre, le candidat du Front de gauche, alors appelé à figurer dans la catégorie «fera-t-il les 5% qui permettront le remboursement de ses frais de campagne ?», a changé de statut. Son objectif de «score à deux chiffres», qui tant faisait alors s’esclaffer dans les rédactions, commence à affoler les spécialistes du Mélenchon’s bashing, à mesure que les instituts de sondages, ces agences de notation de la campagne présidentielle, «mesurent» sa lente mais inéluctable progression vers le «seuil psychologique» des 10% de suffrages.

Tout doucement, à bas bruit médiatique, se remet en cause l’image bruyamment fabriquée du «populiste» qui osa traduire le Que se vayan todos ! des peuples sud-américains en explicite Qu’ils s’en aillent tous ! et en faire le titre d’un ouvrage manifeste dont la publication annonçait à sa façon, et les révolutions arabes, et l’universalité potentielle du mouvement dit des «Indignés», lequel couve encore sous la cendre.

L’hiver venu fit proprement litière de cette grossière et détestable qualification de «populiste», malgré le sursaut embrouilleur et un peu désespéré d’une une du Monde assez mal torchée (lire No Smoking, Libération du 10 février). Mélenchon, bien servi par la visibilité d’une prestation télévisée remarquée sur France 2, devenait ce «concurrent» que François Hollande se prit à considérer avec moins de morgue hautaine et d’arrogante ironie ; jusqu’à enfin daigner réhabiliter publiquement la règle du désistement réciproque, à gauche, pour le candidat le mieux placé avant le second tour.

Et le vent tournait, dans le club des éditorialistes cumulards, où même le pittoresque Jean-Michel Aphatie mit une opportuniste mais opportune sourdine à ses aboyeuses imprécations. Sans doute eût-il fallu être naïf pour ne pas entendre, sous l’intérêt soudain suscité par le «tribun» et «orateur hors pair» du Front de gauche, l’implicite procès en démagogie instruit contre tous ceux qui «parlent trop bien», et à ce titre rhabillés en «baratineurs»… Et ce, alors même que l’intéressé reste bon dernier au «bobaromètre» qui mesure, sur la page Désintox du site de Libération, la capacité des candidats à enfumer l’électeur. Ainsi le vice rend-il hommage à la vertu – cette loi est immuable. C’était la «séquence» : «Mélenchon, l’homme qui remplit les salles». A défaut des urnes, hein ?

A ce stade (auquel le candidat préférera la place de la Bastille pour tenir meeting grand format, le 18 mars), ses partisans croyaient bien en avoir fini avec les procès en «extrémisme», cet autre terme qui n’a de fonction que d’entretenir toutes les confusions entre gauche révolutionnaire et droite contre-révolutionnaire. Ils le crurent d’autant plus que le calendrier de campagne allait leur en fournir l’occasion, l’autre semaine et toujours sur France 2, lors de la confrontation des leaders des deux fronts, dans cette émission dont Marine Le Pen était l’invitée principale. Sans doute leur fallut-il attendre 23 heures bien sonnées pour y assister. Sans doute – et comme on la comprend ! – la führieuse lui préféra-t-elle ces échanges fleuris, et courtois, et confortables, avec notamment MM. Henri Guaino et Franz-Olivier Giesbert, qui, respectivement avant et après, lui servirent une soupe sucrée.

L’échange cependant, âpre et bref, eut bien lieu, où chacun put apprécier que ces deux-là n’étaient pas des comparses. Il eut si bien lieu que, le surlendemain, on vit Le Pen père mendier contre Mélenchon une session de rattrapage, un autre débat au cours duquel lui-même remplacerait sa fille pour, avec un retour de verdeur sexuée bien dans son subconscient de soudard, espérer «mettre en caleçon» celui qui avait si bien éreinté son héritière. De quoi il apparut que l’option de l’«effet Dracula» (on ouvre les rideaux et le vampire implose), consistant à systématiquement traquer le racisme ultra-libéral dans le programme du F. Haine, n’était pas si extravagante.

Chacun put apprécier, croyions-nous… Mais, dans un éblouissant tour de passe-passe, ce débat, à peu près unanimement requalifié en «non-débat», en «vrai faux débat» ou en «match nul», fut purement et simplement censuré, escamoté tels, à l’Assemblée et au Sénat, le vote et les enjeux du Mécanisme européen de stabilité (MES – voir la chronique Economiques de Bruno Amable, Libération du 26 février).

Alors que, sans surprise, le «centre» retourne à son râtelier et que dégringole en proportion le candidat Bayrou, alors que François Hollande trouve opportun de mettre de la gauche dans son programme, à la cafèt de l’usine comme au zinc du quartier se modifie petit à petit, comme l’oiseau fait son nid, la perception du candidat Mélenchon. Pour la majorité des commentateurs, elle ouvre la «séquence» : «Le mieux serait peut-être de n’en pas parler.»

Pierre Marcelle – Chronique à lire sur Libération.fr

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