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le Front de Gauche et les difficultés actuelles

27/02/2014
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 Deux contributions sur le Front de Gauche et les difficultés actuelles

1)Texte de Florian Gulli, secrétaire de la section PCF de Besançon.

Aurélien Bernier publie un article dans le numéro de janvier du journal Les Zindigné(e)s intitulé « Municipales 2014 : PCF/PS l’alliance perdante ». La thèse est toute entière dans le titre. L’argument est simple : voilà 30 ans que le PCF décline à cause de ses alliances électorales avec le PS, il n’y a aucune raison pour que la situation ne se reproduise pas aujourd’hui à l’occasion des  municipales. Mais cette fois, la chute annoncée du PCF entraînerait dans son sillage le Front de gauche et ferait le lit du Front national.

Il ne s’agit pas de prendre parti, avec ces quelques lignes, dans le débat stratégique relatif aux municipales. Il s’agit seulement de souligner que l’essentiel des difficultés rencontrées par le Front de gauche ne réside pas d’abord dans sa stratégie électorale comme le laisse croire l’analyse d’Aurélien Bernier.

Il aurait suffi, hier, que le PCF n’eût pas passé d’alliance avec le PS pour conserver sa puissance d’antan (la fin des capacités de séduction de l’Union soviétique, la montée en puissance du capitalisme de consommation, les bouleversements multiples des mondes populaires ; cela ne semble guère peser aux yeux d’Aurélien Bernier). Il suffirait aujourd’hui d’être autonome pour voir grimper le Front de gauche dans les sondages. Si seulement ! L’autonomie radicale à l’égard du PS a été tentée par presque toutes les formations politiques à la gauche du PS depuis 30 ans. Pour quels résultats ? L’alliance peut être perdante évidemment, mais l’autonomie tout autant.

Sans doute Aurélien Bernier ajouterait que la stratégie électorale ne suffit pas et qu’il est aussi nécessaire de gagner le soutien des classes populaires en tenant un vrai discours de rupture à l’égard de l’Union européenne. N’est-ce pas ce qui assure au Front national ses suffrages populaires ? Mais là encore, l’évidence mériterait examen. Les électeurs frontistes à la présidentielle de 2007 ont largement délaissé Jean-Marie Le Pen pour le très europhile Sarkozy. Que la question européenne soit une question politique cruciale est une chose ; qu’elle soit la cause du soutien apporté au Front national en est une autre.

Le problème de cette analyse est double. D’une part, elle surestime le poids des questions électorales et idéologiques (questions qui ont leur importance par ailleurs) et, d’autre part, elle sous-estime fortement les raisons de la stagnation du Front de gauche. Car il faut bien avoir à l’esprit que la stagnation, et parfois le reflux, du Front de gauche commence bien avant les municipales ; on a pu l’observer à toutes les élections partielles depuis la présidentielle. Faire des municipales, l’origine d’un éventuel recul du Front de gauche, c’est nier purement et simplement ce qui se passe depuis avril 2012.

La stagnation du Front de gauche vient de son incapacité à mobiliser les classes populaires qui lui préfèrent encore largement l’abstention et le vote Front national. Et cette incapacité a peu à voir avec la stratégie électorale. La force du PCF venait du « branchement » de l’appareil communiste au niveau local sur les sociabilités populaires, soit que l’appareil bénéficiait de la force des communautés populaires, soit qu’il permettait à ces communautés de se revigorer lorsque des signes de délitement apparaissaient.

Ce « branchement » contribuait à l’organisation de la vie quotidienne (de l’association des anciens combattants aux colonies de vacances en passant par la coopérative de consommation). Et sur cette base pouvait opérer la politisation partisane. Il faut donc bien sûr accorder un rôle à l’idéologie, mais il ne faudrait pas oublier de se poser la question des conditions sociales de sa diffusion dans les milieux populaires. Les passages à la télévision et les meetings n’ont jamais suffi.

Ce « branchement », qui est la condition essentielle du renforcement du Front de gauche, n’est pas au cœur de nos préoccupations, sinon de façon purement incantatoire (sauf chez nombreux de nos élus locaux bien sûr). Comme si la justesse programmatique et stratégique devait suffire à mobiliser les couches populaires. Croyance naïve en la magie du verbe ?

Deux choses hier rendaient possibles ce « branchement » ; deux choses qui nous font cruellement défaut aujourd’hui. D’abord, la grande proximité sociale des membres de l’appareil communiste local et de la population. Or cette proximité manque aujourd’hui au Front de gauche. Son électorat et ses militants se recrutent d’abord dans les catégories intermédiaires de la fonction publique. Le PCF s’en tire peut-être un peu mieux que les autres car, s’il a connu une « désouvriérisation » certaine, il reste malgré tout le parti le plus populaire dans sa composition militante. Ensuite, les plusieurs centaines de milliers de militants du PCF permettaient un véritable présence sur le territoire. Mais nos effectifs actuels sont très largement inférieurs à ce qu’ils étaient et sont un véritable obstacle à toute expansion rapide du Front de gauche.

Bien sûr on peut parier sur la crise ! Elle pourrait rebattre les cartes et accélérer la recomposition des rapports de forces politiques. Mais là encore ; quelle assurance ? Et pourquoi la crise profiterait au Front de gauche ? Une crise bénéficie aux organisations qui sont le plus enracinées. Où l’on retrouve notre problème.

Programme et stratégie sont indispensables mais ne suffisent donc pas. Le Front de gauche ne peut espérer prendre le pouvoir sans s’être d’abord enraciné. Il est aujourd’hui encore largement « hors-sol ». L’implantation demandera du temps, n’en déplaise aux gens pressés ; voilà pourquoi il est grand temps de prendre à bras-le-corps cette question. C’est le long détour sans lequel rien ne se fera. La focalisation sur les questions de stratégies électorales ne permet pas de mesurer l’ampleur de cette tâche ; bien plus, elle la masque en faisant croire qu’un bon programme et l’autonomie à l’égard du PS suffiront. L’impatience, qui se figure que cet enracinement n’est pas nécessaire ou qu’il se fera spontanément par la seule vertu du discours, est sans doute notre pire ennemie.

Florian Gulli, secrétaire de la section PCF de Besançon.

 2) Texte de Georges Ubbiali   de la Gauche anticapitaliste

 Merci pour l’envoi de ce texte qui pose le véritable défi du FDG : renouer avec une implantation dans les couches populaires, retisser un réseau avec le milieu associatif, articuler l’action politique avec le mouvement syndical. L’enjeu est de taille et tout à fait nouveau. Contrairement à ce que pourrait laisser le texte de Florian, il ne s’agit en rien de remettre sur les rails des choses qui ont pu fonctionner jadis dans le cadre de l’écosystème communiste : se contenter de faire jouer les affinités avec la CGT, revivifier des formes associatives dominées par le Parti, reconquérir les quartiers populaires dans lesquels les militants de gauche, et singulièrement du PCF, évoluaient comme un poisson dans l’eau. Tout cela est forclos et les conditions sociales qui l’avaient permis (aussi bien du point de vue de la sociologie de la classe ouvrière que des conditions générales de l’organisation du travail, la structure de l’habitat, l’internationalisation des échanges et bien d’autres dimensions toute aussi essentielle les unes que les autres, style de consommation ou culture de masse) . Alors, oui, l’enjeu du FDG, c’est de reconstruire ce lien permettant aux dominés de s’approprier le monde du XXIe siècle et de constituer le FDG comme élément de cette politisation nouvelle à gauche. C’est en effet un travail long et patient, qui dépasse tout à fait les moments d’expression électorale. C’est le point fort défendu dans ce texte, auquel je souscris pour ma part.

Reste le point faible (et fortement d’actualité). Lequel point faible réside dans la désarticulation entre cet impératif d’implantation sociale et les échéances électorales. Comme si les élections ne condensaient pas, à un moment donné, cet objectif politique. Comme si il ne fallait pas penser ensemble, l’implantation sociale (objectif à long terme) et le moment de confrontation des programmes face à l’ensemble des électeurs/électrices. Comme si le fait d’envisager de figurer sur des listes PS ou pas était un élément secondaire ou purement factuel. La réponse de Florian va dans le sens de considérer comme anecdotique cette question, pourtant décisive, d’accorder une identité politique (celle du FDG enl’occurrence) et l’échéance électorale. Comment envisager de pouvoir fournir le moindre espoir aux couches populaires (que le FDG doit s’adresser) au même moment où (et c’est de la plume de Florian lui-même) admettre que le fait de participer à la liste PS (et à son exécutif) conduira à répartir au niveau de la municipalité les baisses de dotations d’Etat annoncé par le Premier Ministre ? Comment le public que doit viser le FDG peut il comprendre qu’on lui promet des lendemains qui chantent (pour aller vite) et l’austérité pour le 31 mars ?

Une démarche conséquente du FDG, pour pemettre justement de remplir l’enjeu décisif, s’implanter et reconquérir les classes populaires, implique de se dissocier (et la première et plus basique manière de le faire, c’est les élections) des politiques d’austérité menée par le PS. La politique du FDG, ne peut certes ignorer l’enjeu de construire un instrument politique pour reconquérir l’hégémonie (ou au moins, transitoirement, une place importante) pour résister aux politiques libérales socialistes. Mais cette politique FDG ne peut pas non plus penser que c’est en ignorant (ou en niant) ce que fait la main gauche que l’on permettra à la main droite d’être ce nécessaire outil contrebalançant le PS et l’austérité.

Georges Ubbiali  Gauche anticapitaliste

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One Comment leave one →
  1. denise.robbe@neuf.fr permalink
    27/02/2014 19:13

    Bonjour,

    Bouh !

    C’est pas avec ce discours obscur que vous allez conquérir des électeurs …

    Rien que l’expression « classes populaires » fait fuir les plus intéressés. C’est devenu malpoli ce terme de « classes populaires ».  Les être humains sont potentiellement égaux, pas question de classe ou de caste … Aucune caste ne doit avoir un pouvoir exclusif sur les autres. Toutes sont « nobles »  .

    Il faudrait une analyse historique de ce qui se passe  depuis la fin de la guerre mondiale, voire avant.

    Dénoncer en expliquant sans cesse les mensonges de la propagande anticommuniste dans laquelle nous baignons  depuis des décennies , mais en reconnaissant les travers précédents qui ont mené à des dictatures, ou à des erreurs  douloureuses. Je pense que quelque soit le système politique , pour progresser il va falloir trouver des pare-feux au fait que des hommes ou femmes politiciens au départ de bonne foi deviennent souvent différents en accédant au pouvoir. Le pouvoir est dangereux pour l’esprit humain  ( entraînant notamment paranoïa ,  orgueil, corruption…) Cesser de creuser la division entre les salariés/ouvriers et les artisans/agriculteurs/petits entrepreneurs…qui sont les mêmes victimes  actuelles.

    Et à l’heure actuelle, à supposer que les électeurs votent en majorité front de gauche, le pays subirait des attaques violentes intérieures et extérieures comme au Vénézuela, en Syrie, en Ukraine…Car il y a des ennemis prêts à tout dans le monde pour empêcher  un tel changement. « ils  » veulent un nouvel ordre mondial. Ce n’est pas cela qu’il faut combattre ?

    Je ne vois ni n’entends ces temps ci le front de gauche parler clairement à ce propos.  

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    Message du : 27/02/2014 13:34

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