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Quand les médias nationaux s’affolent sur la loi El Khomri

18/03/2016
by

Article de l’huma :

Caroline Constant
Jeudi, 17 Mars, 2016
L’Humanité

Depuis la mise en ligne, par Caroline De Haas, de la pétition contre la loi El Khomri, le 25 février dernier, les médias débordent d’imagination et de vindicte pour discréditer les signataires, les jeunes, les syndicalistes.

C’est un phénomène très curieux : alors que le projet de loi de ­Myriam El Khomri bouleverserait la vie de millions de salariés, s’il venait à passer peu ou prou, les médias ne donnent presque jamais la parole aux principaux intéressés. Pire, si l’on écoute et observe, ils font ronronner une petite musique. Qui, dans le meilleur des cas, vire à la valse politicienne. Et dans le pire, à une musique militaire néolibérale.

Ainsi, le lexique utilisé n’est pas innocent : on assiste au match des « réformateurs », aux mesures quasi révolutionnaires contre « les archaïques », qui veulent maintenir un système obsolète. Dans le genre outré, la une du Point, daté du 3 mars, annonce la couleur : au-dessus des photos de Martine Aubry, du secrétaire de la CGT Philippe Martinez et du président de l’Unef William Martinet, un titre : « Les derniers dinosaures », en dessous une légende : « L’emploi, ils s’en fichent, l’idéologie passe avant ». La CGT, dans l’édito de Franz-Olivier Giesbert, est ramenée à « un canard sans tête de l’archéo-corporatisme », Martine Aubry à une « Attila des 35 heures et générale Hiver de la gauche nordiste », « méchante » (si, si) et le syndicat d’étudiants à des « bouffons ». Alba Ventura, sur RTL, mardi matin, se désolait que « tout le côté innovant de la loi s’est envolé », tandis que son confrère Alain Duhamel, sur la même station, estimait le 11 mars que « ce qui était ambitieux (dans le projet de loi – NDLR) sur le plan économique est très édulcoré, quelquefois purement supprimé. En revanche, les lois de protection sociale sont renforcées » (quelle honte !). Il estime que « les forces conservatrices (les syndicats) sont toujours plus fortes que les forces réformatrices » (le gouvernement et le Medef). Elkabbach, sur Europe 1, demande pour sa part si les modifications apportées au projet de loi « ne sont pas un grand bond en arrière ». De la part de ceux qui, les fesses bien calées dans leur fauteuil de privilégiés, veulent nous renvoyer à l’ère de la petite fille aux allumettes, ces dérives de vocabulaire seraient presque savoureuses.

Une image des jeunes abêtie

On peut aussi relever l’immense silence, hors micros-trottoirs des manifs, des salariés, ou de leurs représentants. Enfin presque. Laurent Berger, de la CFDT, depuis le début du conflit, intervient quasi quotidiennement dans le journal de 20 heures de France 2. « Un acteur central pour le gouvernement », note France 2 le 7 mars, voire « un homme clé » (le 11 mars). Il est évidemment invité sur toutes les stations de radio. Tandis que Philippe Martinez, en dehors du Grand Jury RTL-le Monde et de la matinale de France Culture, ou Jean-Claude Mailly en sont réduits à la portion congrue niveau temps de parole. Dans le Point, il est taxé de « vice-ministre du Travail ». En revanche, la parole des autres syndicats est très rare. Myriam El Khomri, Manuel Valls et Emmanuel Macron courent les antennes et inondent les unes des journaux. La palme du bon goût revient à France 2, qui, le 2 mars, diffuse un reportage sur une entreprise contrainte par la justice de rembaucher cinq salariés protégés, ce qui la colle sur la paille, paraît-il. Commentaire du patron : « C’étaient des fouteurs de merde qui ne pensaient qu’à bouffer du patron. » Le sujet venait juste après un petit point sur le projet de loi de Myriam El Khomri. Fin et délicat. Tous ces titres et journaux développent aussi beaucoup d’énergie à contre-expliquer les bienfaits de la réforme. Quitte à discréditer des grévistes, comme Jean-Pierre Pernaut l’a fait, le 9 mars, avec les agents de la SNCF.

En boucle, ça marche ailleurs

Et les jeunes. Ces pauvres jeunes, manipulables et manipulés, forcément. On ne compte même pas les reportages nous les montrant en difficulté pour répondre à une question précise, digne d’une thèse de ­troisième cycle. En revanche, histoire de les discréditer, Maryse Burgot les montre ­prenant le métro sans payer. Et prend à témoin une dame qui poinçonne son ticket, « ah, vous n’allez pas à la manif, vous » ! Alain Duhamel, sur RTL, parle de « cette moitié de la jeunesse à l’université qui étudie et l’autre qui cherche souvent un emploi et vote FN ». Sur la même station, un débat d’une heure dans On refait le monde, la ­semaine précédente, avait mis tout le monde d’accord sur le fait que oui, vraiment, cette jeunesse ne comprend rien à rien. Nathalie Saint-Cricq, sur France 2, relève aussi que nous sommes face à des gamins sans foi ni loi : « Sans remonter à Mai 1968, elles (les luttes étudiantes et lycéennes – NDLR) peuvent se propager à toute vitesse, elles sont souvent incontrôlables, et il n’y a pas le service d’ordre de la CGT et de FO » (d’un seul coup bien utiles…).

Et puis, il y a aussi l’argument imparable : ces mesures, ça marche ailleurs. Le Point met une interview de l’économiste Philippe Aghion, qui explique doctement qu’il nous faut regarder nos voisins européens et en tirer les conséquences. France 2 (encore) illustre chaque jour son propos par un tour d’Europe des mesures ­sociales, en évacuant ­complètement, ou quasi complètement, qu’elles puissent encore davantage précariser les citoyens. Sur France 2, un salarié danois dit, la bouche en cœur : « La grève, les manifs, ça ne sert à rien. » (7 mars)

Et ce n’est pas fini. Les prochaines semaines vont encore donner du grain à moudre à ces médias dominants, robinets à cracher la soupe du pouvoir, valets de pied de Macron et de Valls, qui au fond défendent leurs propres intérêts.

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Des médias locaux moins partisans

FR3

http://france3-regions.francetvinfo.fr/franche-comte/doubs/grand-besancon/besancon-etudiants-et-lyceens-dans-la-rue-contre-la-loi-travail-953869.html

EST REPUBLICAIN

Social – Environ 300 personnes, essentiellement des étudiants, ont défilé dans les rues de la ville hier matin. Besançon : mobilisation contre la loi travail

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Photo Sam Coulon

RAFALE de slogans, pancartes et rengaines chantées à tue-tête : les jeunes étaient dans la rue hier matin. Une journée de mobilisation nationale contre la loi travail, à l’appel d’une vingtaine d’organisations de la jeunesse. À Besançon, ils étaient environ 300, essentiellement des étudiants : un cortège, émaillé de quelques sit-in, qui a sillonné la ville depuis la fac de lettres jusqu’à la place Jean-Cornet, en passant par les lycées, le parvis de la Chambre de commerce et d’industrie et le pont Battant.
Principale revendication : le retrait sans condition du projet de loi El Khomri ; texte jugé hautement « régressif » par les manifestants. « Nous disons non à la précarité, non à une vie de travailleurs pauvres sans droits sociaux », résume Ariane, étudiante et membre du comité de mobilisation bisontin. Elle poursuit : « Le projet de loi donne la possibilité aux employeurs de moduler temps de travail et salaires en s’affranchissant des accords de branche. Or si ce verrou saute, cela va entraîner une modulation du temps de travail à la hausse et une modulation des salaires à la baisse. Résultat : une plus grande précarité. Et une loi contre-productive : s’il y a un pic d’activité, les employeurs préféreront faire travailler plus un salarié déjà en poste qu’embaucher quelqu’un qu’ils devront former. »
« Un bond en arrière de plusieurs décennies »
Les aménagements du texte annoncés par Manuel Valls ? « C’est de la poudre aux yeux, tranche Laura. Ils ont fait ça pour que les jeunes rentrent gentiment dans le rang. » « Pas question de se laisser endormir », lance un autre manifestant. « Le texte, même amendé, est une énorme régression, tranche un troisième. C’est un bond en arrière de plusieurs décennies. »
Plusieurs fois, hier, les manifestants ont tenté de rallier à eux les lycéens. À chaque fois, ils ont trouvé les portes closes et bien gardées. Par des policiers, « extrêmement équipés », dixit un étudiant. Mais pas seulement : au lycée Pasteur, quelques opposants au projet de loi El Khomri ont tenté de passer en force, ils ont été repoussés par le personnel de l’établissement. Le reste de la manifestation s’est déroulé sans le moindre heurt.
Dans l’après-midi, le comité de mobilisation avait programmé un atelier créatif et une conférence-débat dans l’enceinte de la fac de lettres. Également prévu : un concert place Marulaz dans la soirée.
Céline MAZEAU

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